Le Sang et la Croix – Interview avec Varsovie – Novembre 2019 AB

I once said that this online blog/zine will only be dedicated to the music I like, since I  have no time to waste on other things. Regardless of genres, music always surprises and beauty can appear around an unexpected corner. For me that was the case with the French group Varsovie, whose 3 albums released so far are indeed something worth to talk about and also to check out, if you are not familiar with them.

Lately I have developed a serious obsession for this band’s music and I had an urge to find out more about their artistic activity. Arnault Destal (drums) was kind enough to answer my questions, making this one of the most interesting and in-depth interviews published on this blog.

N.B. To preserve the beauty of the French language, this interview has been done in French.

Varsovie promo 2016
Varsovie promo 2016

Il y a longtemps, vous avez tous les deux joué dans un groupe de black métal et vous avez toujours eu des connections avec ce genre musical. Pourquoi avez-vous choisi de jouer un style diffèrent avec Varsovie, au lieu du black métal ou avant-garde etc… ? Crois-tu que le dark rock/post punk se croise avec le black métal ?

Arnault Destal : Deux trois ans avant d’en faire moi-même, j’ai été impliqué dans la seconde vague Black Metal assez jeune (1991-1992), mais à côté de ça j’écoutais déjà du post-punk et du deathrock (Bauhaus, Joy Division, And Also the Trees, Christian Death…) mais aussi du rock plus classique et plus ou moins sombre. De Nick Cave à Swans disons… Quand Greg (qui était guitariste sur le dernier album) m’a demandé si je voulais continuer avec lui, juste après le split du groupe (en 2000), je savais que si je continuais la musique, je ne voulais surtout pas recommencer la même chose en version réchauffée, faire un ersatz de mon ancien projet. On s’est donc dirigé vers quelque chose de plus rock, de plus dépouillé, de plus direct, de plus froid, de plus ancré dans le présent, tout en gardant une certaine énergie et tout en restant sur une ligne assez noire. Le style est donc différent, mais ça n’est pas si éloigné d’une grande partie de ce qui m’avait bercé jusqu’ici. Je n’ai pas eu l’impression d’explorer un genre inconnu. Sinon, oui, je pense que tout peut se croiser quand c’est bien fait, que c’est sincère et que ce n’est pas dans une démarche marketing.

 Comment vois-tu la scène rock d’aujourd’hui ? Quelqu’un qui a été actif sur la scène extrême pendant les années 1990, quand presque tous les métalleux étaient des puristes ? La perception de la musique a-t-elle changée, peut-on affirmer que les gens une fois « extrêmes », ainsi que certains musiciens aussi, sont devenu plus tolérants, ont élargi leurs perspectives ?

AD : La scène rock aujourd’hui, ça me paraît vague. Il y a pas mal de bonnes formations post-punk, actuellement, qui creusent leur sillon depuis quelques années en tâchant de développer une vraie identité. Mais pour le rock, de manière générale, je vois surtout que la mode synthwave a tout contaminé ces derniers temps en France. Les trucs les plus pénibles de la fin des années 80 semblent être devenus des joyaux aujourd’hui, des modèles indépassables, au mépris de toute hiérarchie entre les prods de cette époque, sans véritable tri entre ce qui était vraiment intéressant et les innombrables arnaques. Je trouve assez dingue que ça marche en fait. Le mot d’ordre d’un certain public semblant être : “pourvu qu’il y ait du synthé et de la boite à rythme !”… Donc des gens se déguisent. D’autres changent de style du jour au lendemain pour coller au format du jour. Dans cinq ans ce sera autre chose. On enfilera une autre panoplie. Bon… Le rock est juste soumis aux mêmes diktats que le reste. Des gens suivent les différents mouvements (qui sont désormais des redites) généralement impulsés par deux ou trois médias phares, sans se poser la moindre question quant à leurs propres aspirations, se foutant de la sincérité, de la qualité intrinsèque de la musique, des textes, de tout… Tant que ça colle à un style ou à une mode… C’est un peu dommage pour la musique en soi… Il y a aussi que ne pas se vouer corps et âme à la mode du moment c’est se priver de visibilité dans des médias influents. Des musiciens sont donc devenus spécialistes des changements éclair de style et pourraient illustrer une frise sur l’histoire des revivals du rock à eux seuls. Bref, je crois que nous sommes dans une époque où le déguisement et la pose priment un peu trop et le rock est loin d’être épargné. Après, oui, paradoxalement, il y a plus de gens ouverts qu’en 1995. C’est moins cloisonné. Tant mieux. Quand à l’époque je disais que j’appréciais autant Bauhaus que Darkthrone ou Bashung, on me prenait pour un taré. Maintenant c’est banal. Le revers de ça, c’est que la culture musicale est plus large, mais aussi plus superficielle.

Grégory (Cathérina, voix et guitare) et toi, vous avez créé Varsovie il y a 14 ans, mais jusqu’à maintenant vous avez publié seulement 3 albums et un MCD. Y a-t-il une raison pour ce nombre restreint d’albums ? Avez-vous d’autres vies en dehors de Varsovie, jouez-vous dans d’autres formations ensembles ou séparément ?

AD : J’ai déjà mis un long moment pour me décider à m’investir de nouveau dans la musique de façon sérieuse… Puis nous étions assez isolés médiatiquement, ce qui fait que nous avons perdu pas mal de temps. Nous avons aussi eu une dizaine de bassistes différents depuis le début. Il a fallu parfois reprendre à zéro pour les nouveaux, afin qu’ils soient prêts pour les concerts… Ajoutons à ça que nous enregistrons en Bretagne, au Drudenhaus Studio, soit à 800 km de chez nous. On ne peut donc pas y aller quand on veut. Il faut caler les dates, préparer tout ça. Sachant que nous avons des idées précises en tête et qu’il peut y avoir des accidents de mix, par exemple. On peut perdre des semaines facilement… Certains concerts peuvent décaler des dates d’enregistrement… Et, évidemment, toutes ces choses ont des implications financières. En parallèle, nous travaillons pour vivre, ce qui absorbe énormément de temps et d’énergie. J’écris aussi à côté, des nouvelles (entre autres), ce qui parfois occupe certaines de mes nuits. Mais oui, nous sommes certainement un peu plus lents que la moyenne question parution, mais nos morceaux ne coulent pas de source non plus.

Varsovie promo
Varsovie promo

De « 9 Millimètres » à « Coups et Blessures », comment décrirais-tu le parcours de Varsovie ? Quelle était votre « mission » depuis le début, s’il y en avait une ?

AD : Notre mission pourrait être de rester sur notre ligne, justement, de garder le cap en dépit des tendances dominantes, et faire des morceaux qu’on ait nous-mêmes envie d’écouter. Qu’on ne se dise pas : on va faire tels types de chansons pour que ça plaise à telle catégorie, tel magazine, tel clan… Nous tenons à rester cohérent avec une certaine façon de sonner, de jouer, tout en tâchant de progresser, de nous perfectionner. Voilà pour la mission, mais ça ne nous semble pas si extravagant. Il doit y en avoir d’autres, plus nébuleuses, certainement.

Je vois « Coups et Blessures » comme la quintessence de tous vos albums publiés jusqu’à maintenant, votre magnum opus. Y a-t-il eu quelque chose de diffèrent dans le processus de composition/enregistrement de cet album, comparé aux autres ?

AD : Aucune différence majeure, même si évidemment, il y a quelques variantes de conception, mais souvent entre les morceaux eux-mêmes, plus qu’entre les albums. On part généralement d’un riff de Greg ou d’un rythme qu’on enregistre en répétition. Ensuite, je cherche des lignes vocales et élabore un texte chez moi. J’imagine une structure globale… Une fois que c’est fini, je fais des démos que je transmets à Greg pour qu’il s’entraine à chanter dessus et pour qu’il puisse développer les riffs guitare et basse… Une fois qu’on a toute la matière on arrange ensemble. C’est ce qui s’est plus ou moins passé pour tous nos morceaux… On peut tout de même dire que “Coups et Blessures” tourne plus autour de la guitare, alors que le précédent était plus axé autour de la basse. Mais fondamentalement ça ne change pas grand-chose.

Varsovie live
Varsovie live

Vous avez choisi de chanter en français, même si peut-être vos paroles ne sont pas comprises par tout le monde. C’est un risque assumé, mais le français vous va très bien. Avez-vous déjà envisagé de chanter dans une autre langue ?

AD : On avait un ou deux morceaux en anglais au début, mais le français s’est vite imposé. Le fait qu’en tant que français nous nous servions de notre propre langue ne devrait pas être si surprenant… L’anglais se prête mieux au rock – enfin, c’est ce que tout le monde dit… En fait, c’est que l’anglais est beaucoup plus souple, donc plus facile à manier et laisse plus de liberté quant aux lignes vocales. L’anglais, c’est l’open-bar de la ligne vocale. Il y a aussi beaucoup plus de modèles de qualité en self-service. En français, c’est plus limité question choix et beaucoup plus compliqué à faire sonner, mais c’est aussi ça qui nous intéresse. On se débrouille avec notre matière première ultra rigide, on tente d’en tirer le meilleur dans un contexte hostile, disons. De plus, on aime écouter les groupes dans leurs langues natales. Mustaa Parati ou Siekiera, par exemple… Aussi, à la longue, j’ai de plus en plus l’impression de quelque chose d’emprunté, de factice, dans cet emploi systématique de l’anglais. Certains prétendent qu’en utilisant l’anglais, ils permettent à leurs textes d’être compris dans le monde entier… Faut-il encore que ça en vaille le coup. Mais dans notre cas précis, même si l’on évoque parfois des situations “exotiques”, notre regard reste trop français pour que l’anglais soit vraiment crédible. Pour finir : on aime cette langue, tout simplement. Bref, si dans dix ans, Varsovie se met à chanter en anglais, j’espère que quelqu’un me collera cette interview sous le nez.

J’ai lu quelque part que Varsovie n’a aucun message spécial à transmettre, mais je pense que votre musique (ainsi que les paroles) transmette un fort message qui impacte chacun de vos fans d’une manière différente. Puisque c’est toi qui les écris, peux-tu me dire de qui ou à qui tu parles dans tes chansons et quelle est l’idée qui se cache derrière tes mots ? Quel est le lien entre tous ces symboles (Sparte, Carthage, Leningrad etc…) et la musique de Varsovie ?

AD : Pas de message, dans le sens pas de message politique, non, comme certains de ces groupes francophones dits “engagés”. Ni de leçons de vie, ni de grandes dénonciations prêtes à l’emploi… On ne propose rien, sinon des impressions, des saisons mentales, une expression de nos angoisses et de nos frustrations, à travers certains personnages, certains événements, symboliques ou non, mais aussi une certaine rage, notamment devant la bêtise crasse, devant notre impuissance parfois. Notre message serait éventuellement composé de ces paysages, de ces instants pris sur le vif… Des instantanés avec lesquels nous essayons d’apprivoiser notre temps en le redessinant. Une tentative de redonner un semblant de sens devant l’absurdité de ce qu’on nous propose et devant l’absence ou la perte, quelle qu’elle soit… Il y a aussi des remises en situation à des moments clés, des instants charnières avant que tout ne bascule, à travers des figures emblématiques généralement. Mais Varsovie c’est aussi, plus simplement, la pluie qui tombe, une fenêtre ouverte sur la ville ou une route de nuit. Je pars souvent de là, d’ailleurs… Ensuite, les textes suffisent. On souhaite que l’auditeur s’en empare, se fasse son film, sans mode d’emploi.

Varsovie Live Timisoara 2016

En lisant les paroles je me suis rendu compte qu’elles ne sont pas de simples mots, mis là juste pour remplir la musique mais, il s’agit de pure poésie contemporaine. As-tu pensé à compiler toutes ces paroles dans un seul recueil afin de les publier ?

AD : On m’a déjà proposé ça, mais je ne sais pas… Si certains textes peuvent tenir seuls, d’autres ont des refrains spécialement conçus pour la musique et auraient moins d’intérêt isolés. Je n’y ai pas vraiment réfléchi jusqu’ici. Je vois trop ça comme un tout pour l’instant.

Au fur et à mesure des écoutes de vos albums je ressens de plus en plus de mélancolie, par contre il faut du temps et de l’attention pour percevoir toute la tristesse exprimée par vos chansons. Lors de la première écoute on se laisse entraîner par la musicalité de vos morceaux, mais au cours des écoutes suivantes l’oreille perçoit des messages plus subtils portés par les paroles de vos chansons. D’où vient cette tristesse latente, de votre vécu, de celui des gens qui vous entourent ou de la perception pessimiste que vous avez de ce monde ?

AD : Un peu des trois, certainement. La musique sert aussi (et surtout) à exprimer ces choses-là. Pour le coup, le reste peut se passer de commentaires. On écrit parce que ça ne va pas, en gros, pas pour s’amuser. Pour s’amuser, il y a d’autres occupations… La musique en tant que pur divertissement ne m’a jamais intéressé ou me lasse vite. Je dis souvent que j’apprécie la musique sombre, peu importe le style, mais c’est stupide. J’apprécie la musique tout court et ce goût me porte naturellement vers des choses qui me parlent, et ces choses sont plus ou moins crépusculaires. La colère et la mélancolie me parlent, artistiquement, et particulièrement dans la musique. Si la colère tient plus de la révolte devant l’absurdité, le vide ou le goût pour la médiocrité, la mélancolie relève du fait accompli. Pas nécessairement de la résignation, mais de la conscience encombrante que quelque chose nous échappe. Le but n’étant pas de se complaire, plutôt de surmonter, d’ailleurs, en se réarmant. Il y a une fonction cathartique aussi. Si la musique n’allège pas les souffrances, elle les rend éventuellement présentables. Ce n’est pas non plus un délire intello abscons. Nos mots et nos morceaux restent attachés à une certaine spontanéité, une certaine simplicité. Il faut prendre ça comme ça vient. On pourrait parler de sauvagerie organisée.

Les noms de vos albums sont très littéraires. Si nous ne savons pas qu’il s’agit d’un groupe rock, il nous serait facile de confondre ces noms avec des titres de livres. (Par ex « L’Heure et la Trajectoire » me fait penser à « La Carte et le Territoire », de Michel Houellebecq). Peux-tu nous expliquer s’il y a un sens (caché ou pas) derrière ces noms ?

AD : Il n’y a aucun lien avec Houellebecq, malgré le hasard de sonorités voisines. En tout cas, les deux titres correspondent à deux morceaux assez représentatifs. Pour “Coups et Blessures“, c’est une référence aux coups et blessures que l’on encaisse ou que l’on s’inflige avec l’idée de les traiter avec un certain détachement, comme s’il ne s’agissait plus de les éviter, mais seulement de les répertorier. Une collection d’événements amenés à se reproduire avec plus ou moins d’intensité. Il y a aussi l’idée de faire face, de continuer malgré les fêlures, malgré la perte. “L’Heure et la Trajectoire” rejoint l’idée d’avancer coûte que coûte, en dépit de l’impression d’un combat perdu d’avance, d’accepter l’impossible retour en arrière, tout en gardant en tête d’où l’on vient. Vivre quand même, sans oublier.

Pendant toutes ces années, vous avez joué dans pas mal de pays et vous avez donné beaucoup de concerts – vous avez même fait la première partie du groupe The Chameleons lors de leur concert parisien en 2018. N’avez-vous jamais été tentés d’enregistrer un de ces concerts pour sortir ensuite un album live ?

AD : Si, nous aimerions, même si nous allons nous heurter à tout un tas d’écueils techniques.

L’univers de Varsovie contient beaucoup de références à l’Europe de L’Est, plus la reprise de « Nowa Aleksandria » (en version originale) du groupe polonais Siekiera… Est-ce que vous avez une attraction particulière pour cette région (parfois blâmée) d’Europe ? Retrouvez-vous ici cette atmosphère, cette mélancolie que les pays de l’ouest ont perdue depuis pas mal d’années – « occident consumé jusqu’au filtre » ? S’agit-il de votre recherche du temps perdu ?

AD : Quand on va vers l’Est on se rend surtout compte de ce que l’on a perdu ici. Les rapports au quotidien entre les gens semblent tellement moins tendus… Bien sûr, ils ne sont pas privés de problèmes, économiques et autres, mais on ne se sent pas en fin de course, et ce, malgré les différences évidentes entre les pays… La Roumanie, la Pologne ou la Hongrie ont leurs spécificités… L’Est n’est plus un bloc… Mais nous nous rendons compte du coup à quel point nous sommes à bout de souffle ici, à l’Ouest. Et que tout est en permanence à deux doigts d’imploser. On a l’impression que cela tient, tant bien que mal, grâce à d’incessants rafistolages express, à tous les niveaux. Mais l’attrait pour l’Est n’est pas si ciblé, c’est surtout que nous n’avons pas laissé l’Est de côté… Varsovie se nourrit de beaucoup d’auteurs, de paysages, d’événements… Nous n’avons pas une passion aveugle et folklorique pour l’Est. L’Est est simplement, depuis le début, totalement intégré à notre champ culturel.

Varsovie Live

En 2018, après quelques années passées chez Infrastition et Those Opposed Records, (ils ont sorti « Etat Civil » et « L’Heure et la Trajectoire »), vous avez signé avec Sundust Records (label auquel participe Vindsval de Blut Aus Nord). Quels sont les plans pour le futur de Varsovie, êtes-vous en train de concevoir des idées pour un nouvel album ?

AD : Plus que des idées. Le titre est trouvé, les textes et la plupart des nouveaux morceaux sont finis. Greg et moi travaillons actuellement sur les dernières touches et discutons avec Phil de Sundust Records / Debemur Morti quant à la suite.

Nous avons atteint la fin de cet entretien. Je te remercie d’avoir accepté cette interview pour Scrolls of Darmoth et, comme d’habitude, les derniers mots appartiennent à mes invités. Bon courage et j’espère qu’on pourra voir Varsovie très bientôt à Budapest avec un nouvel album dans les bacs.  

AD : Merci à toi ! Depuis le temps qu’on s’arrête à Budapest, dans le cadre de nos différentes tournées, on espère enfin pouvoir y jouer. Quant au quatrième album, si tout va bien, il devrait moins se faire attendre que les précédents…

 

Contact Varsovie:

https://www.facebook.com/varsovie.propaganda/

https://varsovie.bandcamp.com/

Site FR

https://sundustrecords.bandcamp.com/

 

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